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Cherchell dans les méandres de son Histoire Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
01-03-2009

Je reprends donc cette chronique en présentant un livre que je trouve intéressant à bien des égards. Son titre est De Iol à Cæsarea...à Cherchell (*); Kamel Bouchama en est l’auteur. Une préface du docteur Boualem Benhamouda devance l’objet de ce livre. Ce n’est pas, à proprement parler, un essai sur l’histoire de la cité antique (que l’on écrit aussi «Césarée»), la capitale royale, de la longue série des grandes cités de la Méditerranée occidentale au vie siècle avant J.-C.

Kamel Bouchama n’est certes pas historien et il avise qu’il «n’a pas cette prétention». Avant 1962, instruit à l’école primaire de Cherchell, sa ville natale, puis à Alger, à la célèbre Médersa, devenue Lycée franco-musulman, il se forme très tôt, surtout dans cet établissement, aux contacts de jeunes étudiants nationalistes algériens face aux réalités négatives engendrées par le système colonial. À l’indépendance, il poursuit des études supérieures au Caire puis, de retour en Algérie, il milite de toute la fougue de celui qui désire servir son pays, ce que, au reste, lui reconnaîtront ses pairs et ses camarades du FLN, et il occupera plusieurs postes de responsabilités. Il a déjà publié de nombreux ouvrages à caractère politique qui ont eu des fortunes diverses. Ses idées - quoi qu’il en soit - bonnes ou mauvaises ont toujours été discutées avec intérêt. Mais n’est-ce pas assurément ce que l’on reproche à ceux qui mettent de la vivacité dans leurs faits et gestes à propos de leur attachement à leur pays, qui ont, à tort ou à raison, le sentiment d’oeuvrer pour une cause juste et désirent tout naturellement mettre en pratique leurs convictions?
Pourtant avec ce livre, si près de Cherchell dans les méandres de son Histoire, écrit et réécrit, à sa façon, c’est-à-dire en puisant dans les sources humaines de la cité des Rois berbères, le passé identitaire, chez Kamel Bouchama, est incontestablement présent. Quelle belle chose que de raconter l’histoire de sa ville dans une sorte de vie antérieure, rappelée et construite par une volonté inexorable afin «d’ouvrir les yeux sur la richesse culturelle, sociale et historique de cette contrée»! Quand l’histoire de notre pays est ignorée, et plus grave, oubliée ou dénaturée, et que seuls quelques rares historiens algériens ont courageusement tenté, malgré l’ampleur de la tâche, souvent difficile et souvent contrariée, de remonter aux sources de notre identité, il faut se réjouir de ce que quelques hommes de culture, apportant la caution de leur probité et de leur érudition, s’essaient à la recherche des faits essentiels et des dates indispensables de notre passé national. Un récit simple et concret, un témoignage sur notre vie nationale, une évocation frappante de la vie des Algériens à telle période de notre histoire, peuvent faire ressurgir, comme un enseignement de grande valeur pédagogique, l’aventure humaine de nos ancêtres.
Aussi est-il heureux qu’un enfant de la Cherchell algérienne d’aujourd’hui nous fasse connaître son sentiment, tout en parcourant des chemins anciens et souvent chéris, sur Cæsarea la romaine avec ses monuments splendides et ses populations épanouies par les civilisations les plus diverses. Dans la vision et la réflexion de Kamel Bouchama, Cæsarea, la capitale de la Maurétanie au temps du berbère Firmus et Cherchell jusqu’à l’Algérie indépendante se rassemblent en se prenant par la main, offrant dans une synthèse d’émotions humaines une seule et même cité d’histoire et d’art (Lire l’ouvrage Mosaïques romano-africaines de Sabah Ferdi, éd. du Tell, 2005 et L’Expression de mercredi 10.05.2006). Kamel Bouchama montre ainsi combien la vie sociale des Algériens y a prédominé avec sa civilisation et ses traditions auxquelles il réserve plusieurs pages «pour séduire et, bien sûr, convaincre».
Dans De Iol à Cæsarea...à Cherchell, Kamel Bouchama recourt à une pédagogie spéciale, chaque chapitre de son livre constituant une leçon d’histoire autour d’un événement marquant: personnage, épisode caractéristique, description de vestiges,...Le récit prend une place importante et indispensable dans la volonté de l’auteur, ce qui lui permet de rester simple pour faire appel à la sensibilité du lecteur. À cet effet, il imagine de longs dialogues avec de brillants personnages de son enfance, tout particulièrement avec son grand-père pour lequel il déborde d’affection: «Ma mémoire et mon esprit me guident à travers les âges, remontant le temps, les sagas, les épopées, ma jeunesse, mon enfance, mon père, mon grand-père, mes aïeux, tel un mouvement de balancier. Tout et tous m’interpellent.»
L’ouvrage comprend deux volumes: le premier est consacré justement à l’évolution de Cherchell dans l’histoire et le second à «La cité millénaire vue en photos». Si l’on considère qu’il est grand temps de faire apprendre aux jeunes algériens leur identité nationale, la contribution de Kamel Bouchama n’est pas inutile; elle vaut par la pédagogie, l’engouement et l’amour de l’auteur pour son pays. Il écrit, en effet, «Faire revivre les temps qui ne sont plus, les cités anciennes qui restent encore debout malgré l’érosion causée par les siècles, leurs traditions qui se perpétuent ou s’estompent, les héros et d’autres personnages qui ont écrit l’Histoire par leur présence effective au coeur des événements, c’est donner la possibilité aux jeunes d’apprendre et de se former, surtout eux, des potentialités qui vont prendre en charge la relève de notre pays et qui ont besoin de connaître leur passé pour mieux appréhender leur présent.»
Les éditions Mille-Feuilles, dirigées par Sid-Ali Sekhri, Libraire-Éditeur, méritent des encouragements pour les soins apportés à la fabrication de cet ouvrage.

(*) DE IOL À CÆSAREA À...CHERCHELL
de Kamel Bouchama
Volume cartonné, photos en couleurs
Éditions Mille-Feuilles, Alger, 2008, 409 pages.

Source L'Expression

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